27 mars 2020

Covid-19 : pour les mineurs isolés de l’Hérault, un confinement chaotique…

 

Depuis le mercredi 25 mars, le conseil départemental de l’Hérault a installé 49 mineurs non accompagnés logés en Hôtel dans un nouveau centre d’accueil et de confinement à Palavas. Progressivement, d’autres jeunes devraient suivre. Un épilogue tardif, après sept jours de cacophonie générale.

Paru le 27 mars 2020 sur ledoc-info.com

Il aura fallu sept jours de confinement pour que les autorités mobilisent leurs forces à destination des mineurs isolés. Sept jours à squatter les halls d’hôtel, à partir à la rencontre des copains pour tuer le temps. Sept jours à devoir, pour certains, sortir acheter de quoi se sustenter un ticket resto à la main… Un confinement qui, bien souvent, n’en a que le nom. Ce mercredi 25 mars, le conseil départemental de l’Hérault finissait donc par affréter des bus pour déplacer 49 jeunes logés en hôtel (sur 450 au total), vers un centre de vacances de Palavas-les-flots. Si le Département a confié la gestion des mineurs à l’association Coallia, présidée par Jean-François Carenco (également président de l’Opéra de Montpellier), les conditions d’accueil sont encore floues. Néanmoins, de nouvelles structures devraient être réquisitionnées par la préfecture dans les jours à venir. L’idée : tenter de protéger ces mineurs de l’aide sociale à l’enfance, en coopération avec les services de l’État, et endiguer tant bien que mal cet état de quartier libre permanent. Une réponse salutaire pour certains professionnels de l’hôtellerie mués en éducateurs de secours…



« Si ce n’était que moi j’aurais fermé »

« J’aurais souhaité qu’on termine tout, tout de suite, confie le patron des Châtaigniers, à Vendargues. J’ai eu une jeune fille qui n’écoutait rien, elle sortait tout le temps, je ne la veux plus, souffle-t-il. Moi j’ai peur pour les autres ». Au bord de l’ex- route nationale 113, cet hôtel désuet accueillait encore une quarantaine de jeunes lundi dernier. Mais entre les problèmes de langue et d’autorité, les débuts du confinement se sont avérés… chaotiques. « J’ai fermé tous les accès de l’hôtel. Pour sortir ils sont obligés de passer par la réception, poursuit le patron. J’ai acheté du gel hydroalcoolique pour tout le monde… Mais si ce n’était que moi, j’aurais fermé. D’ailleurs je vais leur demander de récupérer les jeunes d’ici la fin du mois jusqu’à ce que le confinement soit terminé », lâche-t-il. Une réflexion quasi-prophétique.

« Les gestes barrières ? Ça marche pas ! »

Au sein d’un autre établissement montpelliérain, peu avant l’annonce du déplacement, un réceptionniste est en panique : « Si vous voulez parler des gestes barrières, ça marche pas ! Les jeunes sont dans le hall, des copains leur rendent visite. Quand je dis qu’il faut rentrer dans les chambres, on me répond : Tu me casses les couilles ». Pas évident de faire autorité dans ce contexte, surtout quand on n’a pas la responsabilité éducative des ados en question. « De toute façon, je n’ai plus aucun intérêt à être là », souffle le jeune homme, ulcéré.

Au Bellagio, l’hôtelier a lui-même embauché trois éducateurs pour tenter d’encadrer les jeunes. Une initiative inédite et louable. Parmi eux, Sarah semble faire preuve d’un flegmatisme inébranlable : « Ils ne prennent pas toujours la mesure de ce qui se passe. Pour eux c’est virtuel. En plus en ce moment on est en rupture de gel hydroalcoolique, on est tous dans la même mouise », sourit la jeune femme. Entre 60 et 90 jeunes étaient toujours accueillis ici sept jours après le début de cette pandémie, qu’Emmanuel Macron a qualifié de « guerre ».

« Nos restes, des chips et quelques fruits… »

Jusqu’ici, le protocole s’est donc avéré limité. Le responsable du Foyer de l’ASE, qui supervise à distance, leur a fourni des gants et un thermomètre en cas de suspicion de fièvre. Depuis le confinement, les quelques établissements dotés de restaurant pour nourrir leurs jeunes locataires ont également été sommés de ne plus les servir en salle, mais directement en chambre. Quant aux hôtels qui ne pratiquent pas la demi-pension, ils ont fait avec les moyens du bord… « Au début, on leur servait des petits déjeuners copieux, on leur donnait aussi nos restes, des chips et quelques fruits, du moins pour ceux qui n’avaient pas envie de sortir acheter leur nourriture. Et puis le Département a commencé à nous faire livrer des repas », explique le patron d’Heliotel, à Montferrier-sur-Lez. A Abbéliss, l’hôtelier est en colère : « On s’embête à changer les choses, et on nous les enlève… » A l’annonce du confinement, le responsable avait décidé de son propre chef de concocter les repas des mineurs pour les garder bien au chaud. « Au début c’était un peu compliqué, et puis on a fini par gérer la situation. Mais à l’ASE, ils m’ont dit que je n’avais pas le droit de faire ça », regrette le responsable.

Les associations sur le qui-vive

Depuis plusieurs jours, les associations locales dont la Cimade, RESF et Majie, s’inquiétaient du sort de ces jeunes. Leurs courriers à l’ARS (Agence régionale de santé), au conseil départemental et à la préfecture, sont jusqu’ici restés lettre morte. Comme tout le monde depuis le confinement, Majie (Montpellier Accueil Jeunes Isolés Etrangers) a dû cesser ses permanences. Et si les bénévoles tentent de conserver un lien ténu avec certains jeunes par téléphone, l’inquiétude est palpable. « On était notamment inquiets de ne pas savoir s’ils pouvaient accéder aux produits d’hygiène dont ils ont besoin. Ils ont droit à des kits, mais il arrive qu’il y ait des ruptures et qu’ils aillent en magasin », confie Sandy Allanic, la responsable. Le jour où Emmanuel Macron a annoncé le confinement, l’équipe a contacté certains jeunes pour leur expliquer la situation. « On avait peur que ceux qui ne parlent pas bien le français n’aient pas toutes les informations. »

« Comment on sait, si on a de la fièvre? »

Si certains passent outre l’injonction, d’autres s’avouent franchement tétanisés par le trop plein d’infos à la télé. A l’image de Rafaël, bientôt 17 ans, logé en appartement avec trois autres camarades. « Que Dieu nous protège, sinon je ne pourrai pas retourner à l’école et je n’aurais pas le niveau. Et puis on est inquiet, on a peur de sortir faire les courses. Je viens de voir à la télévision que le nombre de décès augmente toujours, mais comment on sait, si on a de la fièvre ? » Dans son logement, pas l’ombre d’un thermomètre. « Et toi, tu sais où est-ce qu’on peut trouver des gants ? », m’interroge-t-il. Autant de questions révélateurs du sentiment d’abandon.