Pour lutter contre les discriminations et le racisme au sein des forces de l'ordre, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner en appelle à la formation continue. Depuis 2010, la Licra officie déjà dans les écoles de police, et elle confirme la nécessité d'élargir le dispositif.
Publié sur marianne.net le 6 juin 2020
Alors que le débat sur les violences policières et le racisme au sein des forces de l'ordre fait rage, Christophe Castaner a été contraint d'invoquer « la tolérance zéro », lundi 8 juin lors d'une conférence de presse. Pour panser ces plaies, le ministre en appelle désormais à une meilleure « sensibilité aux non-discriminations ». Jusqu'à présent, cette thématique n'était abordée que lors de la formation initiale des élèves gardiens de la paix, en une unique session prodiguée par la Licra (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme). Elle devrait désormais être étendue à la formation continue et toucher l'ensemble des forces de l'ordre.
Depuis 2012, Patrice Bilgorai, président de la Licra de Nîmes et responsable national des « formations police et gendarmerie », a participé à former près de 8.000 élèves gardiens de la paix de l'école gardoise. Dès 2015, il expérimentait également, et en avant-première, des actions en formation continue. Un travail aujourd'hui observé à la loupe, mais qui n'a pas toujours été de tout repos. « Dans le Gard, j'ai rencontré des gendarmes qui contestaient la légitimité de notre présence... Heureusement, leur chef de service ne partageait pas cette opinion. Je me souviens aussi d'élèves qui nous reprochaient de ne lutter qu'au profit des juifs, ou de prendre systématiquement la défense des personnes issues de l'immigration. Nous le répétons : non, toutes les personnes inquiétées par la police ne sont pas des victimes ! Mais quand ça commence comme ça, on sait que l'échange ne va pas être simple » confie Patrice Bilgorai.
Simulations de contrôles
Au sein des écoles, après avoir abordé les concepts théoriques, les élèves passent rapidement à la pratique. « Lors des phases de simulation, les acteurs jouent des situations réelles pour vérifier ce qui a été appris, détaille un formateur qui préfère garder l'anonymat. De plus en plus souvent, sur les simulations de contrôles par exemple, des psychologues sont présentes, et nous permettent de revenir sur l'attitude relationnelle à avoir avec la personne ». Selon le scénario choisi, l'équipe pédagogique fait évoluer la situation sur un fait de discrimination, d'homophobie ou de violence... Des techniques qui semblent globalement fonctionner, au dire des encadrants. « On met le doigt sur police raciste mais elle est à l'image de la population, toutes les origines et toutes les communautés y sont représentées », martèle encore le formateur, qui assure n'avoir jamais été témoin de dérapage dans le cadre pédagogique... Il faut pourtant l'avouer, ces dernières années, le niveau a baissé. Comme le rappelle le secrétaire général du syndicat Vigi Police Alexandre Langlois, « en 2017, sur le concours de gardien de la paix, on a pris les élèves à 8 de moyenne. Et là encore, 300 postes n'ont pas pu être pourvus ».
Les militants prônent aussi l'organisation d'événements « main dans la main » avec les forces de l'ordre, à l'image de ce que le responsable des formations a réussi à entreprendre chez lui. « Lors de la semaine de l'éducation contre le racisme, nous proposons une exposition au sein de l'Hôtel de police. La Direction départementale de la sécurité publique du Gard invite aussi des collégiens issus de quartiers en difficulté, que nous recevons avec eux pour un échange interactif. » Autre point important, les deux hommes ont « insisté sur le fait que nous voulions des dispositifs d'alerte, d'accueil et d'accompagnement pour les policiers et les gendarmes victimes de propos racistes sur le terrain. Notamment via un mail dédié » ajoute Patrice Bilgorai. Si ces propositions ne régleront pas les problèmes de recrutement, elles permettront au moins d'aborder la question du racisme de manière un peu plus frontale. Ne reste plus qu'à savoir à quelle dose, et avec quels moyens...