10 septembre 2017

« Il y a eu Fanfonne… et moi ! »


Rares sont les femmes à avoir tenu les rênes d’une manade à elles seules… Nicole Rebuffat en est !
(Paru le 10 septembre2017, Midi libre)



« Mon mari était tout pour moi, souffle-telle. Mais le métier, je le connaissais par coeur. » En 1977, à la mort prématurée d’André Rebuffat, Nicole n’a pas le choix. Pas question d’abandonner cette manade, créée cinquante ans plus tôt par son beau-père. Elle décide de prendre le relais, et s’y attelle de main de maître, à l’image de la célèbre Fanfonne Guillerme.
Il faut dire qu’elle n’a jamais tiré au flanc. Depuis son mariage avec André, en 1959, Nicole sait tout du travail des taureaux. « À l’origine, j’étais passionnée par les chevaux.Quand j’étais jeune, je montais à la manade Rebuffat. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai rencontré mon mari. Et puis des chevaux, je suis venue aux taureaux… » Rapidement,elle trie les bêtes,s’occupe des ferrades, charrie le foin, répare les clôtures… «J’étais très musclée à ce moment-là », sourit-elle. Alors,à la disparition de son mari, l’idée de vendre ne lui traverse même pas l’esprit. Elle poursuivra le travail, et mènera de front deux vies. Mère et manadière. « Non, c’est vrai qu’on n’est pas nombreuses à avoir dirigé des manades. Il y a eu Fanfonne… et moi », réfléchit Nicole Rebuffat. Pourtant, dans ce milieu si masculin - pour ne pas dire machiste - Nicole dénote. Et très vite, ses talents explosent au grand jour. On la connaissait « très bonne cavalière ». On savait déjà ses qualités de torera à cheval. Mais elle mettra aussi toute sa rigueur au service d’un taureau d’exception baptisé Pascalet. « Avec mon mari déjà, on avait repéré que ce taureau n’était pas mal du tout… On l’a mis de côté. On a essayé de lui donner une nourriture un peu améliorée. Et à chaque fois qu’on le faisait courir, il faisait toujours mieux… » En un rien de temps, course après course, ce monceau de muscles se crée une réputation de véritable terreur. « Je l’entraînais à cheval journellement. Dès le matin, en arrivant à l’Hournède. Rien ne m’en empêchait. Et pendant 20 minutes, c’était trot, galop, trot, galop… Pour ses muscles et son souffle. D’ailleurs, on n’a jamais vu Pascalet rentrer au toril en tirant la langue. » Avec le temps, Pascalet comprend que Nicole le protège et semble… sous le charme. Bien loin de sa fougue et de ses humeurs massacrantes, lorsque la manadière arrive, Pascalet se fait doux comme un agneau. Mais gare à ceux qui approchent sa belle ! « Je me souviens qu’un journaliste était venu à la manade. Je lui ai demandé d’attendre avant de sortir de sa voiture, parce que j’étais avec Pascalet. Mais comme je le caressais, le journaliste est finalement sorti en pensant qu’il n’allait pas lui faire de mal... Et là, Pascalet est parti en trombe ! On a vu l’appareil photo s’envoler dans les airs… » Même le père de Nicole manque un jour de se faire encorner. «Il était venu boire le café à la maison. On n’avait pas vu que Pascalet était dans les parages et, d’un coup, mon père me met devant lui en criant : “Avise !”. Pascalet était en train de le charger. Quand il s’est aperçu que c’était moi, il s’est arrêté net,mais il avait déjà les cornes des deux côtés de mon ventre…» Une relation exclusive, rare et étonnante. Pour la consécration, il faut attendre 1980. Cette année-là, Pascalet reçoit la Palme d’or,la Cocarde d’or et le fameux Biou d’or ! Autant de récompenses qui viennent couronner le travail d’une manadière infatigable. « Tous ces prix pour un même taureau et la même année, c’est exceptionnel ! J’étais vraiment très fière », confie Nicole Rebuffat. Fière,mais aussi très émue. L’instant marquera à jamais l’histoire de la manade. Pourtant, en 1986, un nouveau drame met un terme à sa carrière. Nicole Rebuffat fait une terrible chute à cheval et ne remarchera plus jamais comme avant. «J’étais tout le temps très active et d’un coup, plus rien. Moralement, cela a été très difficile», souffle-t-elle. Celle qui avait élevé jusqu’à 190 bêtes à la fois, se voit brutalement contrainte à l’immobilité. Comme prise au piège. Ce sont alors ses enfants qui reprennent le flambeau, Jean-Louis et Danièle. Aujourd’hui, même si la manade n’a plus le lustre d’antan, Nicole Rebuffat n’a pas perdu une once de son aura. En juin, elle était encore conviée à l’hommage que Pérols rendait au raseteur Jacky Simeon, un illustre compagnon de jeu de Pascalet dans les arènes d’antan. « Ça me fait toujours plaisir d’être invitée…Ça montre que les gens se rappellent encore de tout cela. » Car pour sa part, Nicole n’a pas l’intention d’oublier… Les murs de son appartement, tout entier consacré à ces heures de gloire, en attestent. Tout comme cette éternelle tresse, fine et haute, et puis cet indéfectible sourire.

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Une statue à l’effigie de Pascalet

Le taureau Pascalet est né en 1971 à l’Hournède. Dès la fin des années 70, les qualités de l’animal ne font plus aucun doute. Dans les arènes,il terrifie les raseteurs, anticipe leurs mouvements, les assaille de toute sa puissance…Dans la mémoire collective, on l’associe à un autre nom : celui du célèbre raseteur Jacky Simeon. Et de l’aveu même du sportif, c’est bien Pascalet qui lui a fait vivre « ses plus beaux rasets ». L’animal courra jusqu’en 1985, avant de troquer sa combativité contre une retraite douce et paisible. En 1990, lorsqu’il rend l’âme, les 12 clubs taurins de Lunel se rassemblent pour lui rendre un ultime hommage, et font ériger une statue à son effigie, signée Max Pujol.


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