De plus en plus de communes se positionnent contre
l'installation de cirques exploitant des animaux sauvages. Mais à ce
jour, les arrêtés municipaux attaqués par les organisations
circassiennes, ont été annulés devant les tribunaux
administratifs.
(Paru le 10/10/2018 dans la Gazette des communes)
Elles seraient 106 communes, à ce
jour, à s’opposer aux cirques avec animaux. Un mouvement palpable
certes, mais freiné par une sorte de plafond de verre juridique qui
stoppe jusqu’ici le débat tout net. Car les tribunaux
administratifs semblent pencher majoritairement du côté des
cirques, jugeant souvent que les municipalités faisaient preuve «
d’excès de pouvoir ». Cyrille Emery, ex-avocat et porte-parole
des circassiens, le résume sans détour : « On ne peut pas
interdire une activité légale de manière permanente. C’est
illégal !».
D’après les comptes du juriste, quinze communes ont déjà retiré leur arrêté suite à une première mise en demeure, parmi lesquelles Richelieu, Creil ou encore Canet-en-Roussillon… D’autres ont dû plier sur décision du tribunal administratif, comme Bordeaux, La Ciotat, Joeuf ou Vandoeuvre-les-Nancy. Aujourd’hui encore, 29 dossiers sont en cours d’instruction (Hénin-Beaumont, Saint-Michel-sur-Orges, Hayange…). Un listing auquel s’ajouteront dix communes de plus d’ici la fin de l’année.
D’après les comptes du juriste, quinze communes ont déjà retiré leur arrêté suite à une première mise en demeure, parmi lesquelles Richelieu, Creil ou encore Canet-en-Roussillon… D’autres ont dû plier sur décision du tribunal administratif, comme Bordeaux, La Ciotat, Joeuf ou Vandoeuvre-les-Nancy. Aujourd’hui encore, 29 dossiers sont en cours d’instruction (Hénin-Beaumont, Saint-Michel-sur-Orges, Hayange…). Un listing auquel s’ajouteront dix communes de plus d’ici la fin de l’année.
« Nous poursuivons tous les arrêtés
systématiquement », lâche Cyrille Emery. Une véritable déconvenue pour les
maires désireux de peser dans le débat de la présence d’animaux
dans les cirques. Du coup, ces derniers mois, de nombreuses
municipalités ont donc simplement émis un vœu symbolique pour
exprimer leur position. Serait-ce la seule solution ? Ou
juridiquement, est-il encore possible pour eux de défendre leur
position politique ?
De nouvelles armes juridiques à disposition des maires
Ces échecs judiciaires sont bien loin
de dissuader Maître Arielle Moreau, avocate conseil de l’association
de défense des droits des animaux « One Voice », toujours encline
à en découdre devant les tribunaux. Pour elle, tout le problème
réside dans la formulation de l’arrêté et ses motifs de droit.
Elle pointe du doigt des arrêtés jusqu’ici trop « légers », «
pas assez complets ». Un constat qui lui permet d’espérer encore.
« Pour l’instant nous n’avons pas eu de vraies décisions sur le
fond et nous n’avons pas épuisé tous les ressorts »,
argue-t-elle. Et l’avocate est en train de plancher sur un nouvel
exemple d’arrêté susceptible de tenir la route. Pour elle, il
faut viser large et jouer sur plusieurs tableaux à la fois. « A mon
sens, il faut que l’arrêté se rattache à la dignité et à la
moralité publique. C’est ce qui avait été fait pour interdire
les lancers de nains ». Un argument auquel il faut ajouter, selon
elle, les aspects « sécurité » et « salubrité ». Car elle
l’affirme : « Quasiment aucun cirque n’arrive à respecter la
totalité de l’arrêté du 8 mars 2011 » fixant les conditions de
vie des animaux dans les cirques. Enfin, Arielle Moreau propose de
s’intéresser à l’argument du développement durable. «
Celui-ci est plus subtil, mais c’est un supplément. Il peut être
mis en avant dans un souci d’éducation des administrés… Doit-on
banaliser quelque chose qui devrait attirer la compassion ? Le débat
ne serait pas de la même facture avec ce panel d’outils devant une
juridiction ».
Faire appliquer l’arrêté de 2011
En 2016, c’est sous l’impulsion du
président de l’association « Code animal », Franck
Schrafstetter, que le premier arrêté d’interdiction était
publié. C’était à Illkirch-Graffenstaden, en Alsace. Sur son
site « Cirques de France », le militant met à disposition des
communes un kit d’action, composé d’un arrêté type et d’un
guide pour comprendre la réglementation en cours en matière de
protection animale. Pourtant, celui qui avait participé à l’action
pionnière change son fusil d’épaule. « Je vais retirer cet
arrêté type, cela ne sert à rien. Tous les arrêtés et toutes les
délibérations sont annulés par le juge ». De son côté, en
attendant que le débat juridique prenne une autre tournure, l’homme
appelle les maires à formuler des vœux. « Cela n’a pas d’impact
juridique, mais une valeur symbolique. Et je suis convaincu que ce
sont les valeurs qui font avancer les choses… En plus, avec les
arrêtés, les communes risquent 2000 euros d’amende. Ce n’est
pas le but ! », souffle-t-il. D’après lui, l’action la plus
directe et la plus efficace est d’arriver à faire respecter de
manière drastique le fameux arrêté du 8 mars 2011. « Si les
maires annoncent la couleur, précisent qu’ils feront appliquer les
normes à la lettre, et qu’ils feront des contrôles, je pense que
cela dissuadera certains cirques… En toute légalité, ils peuvent
aussi refuser de distribuer des invitations. Et exprimer à nouveau
leur position dans la presse », explique Franck Schrafstetter.
Prendre part au débat
De quelque manière que ce soit, les
militants exhortent les maires à prendre part au débat. « Quand
ils prennent des arrêtés, ils montrent l’état de l’opinion »,
confie Loïc Dombreval, député de la 2e circonscription des Alpes-
Maritimes, et ancien maire de Vence. L’homme, vétérinaire de
métier, préside le groupe Condition animale au sein de l’Assemblée
nationale. Et s’il considère que 100 communes engagées, « c’est
très faible », il considère aussi que « tout part des maires ».
A charge, ensuite, pour le législateur de trouver comment rallier
les circassiens à sa cause sans trop de casse.
« J’ai quelques
pistes… Contrairement à ce que disent certains, j’aime les
cirques ! Et je pense que nous devons leur proposer des solutions
financières et fiscales pour les aider à muter petit à petit vers
des spectacles sans animaux… J’en ai discuté avec Françoise
Nyssen, la ministre de la culture. Nous y réfléchissons », assure
le député. Un début d’idée susceptible d’accompagner enfin
les maires et les professionnels du cirque vers une issue légitime…

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